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 Une panne et tout s'éclaire ❈ ft. Bishop

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 Sujet: Une panne et tout s'éclaire ❈ ft. Bishop    Jeu 29 Mar 2018 - 15:28




UNE PANNE & TOUT S'ECLAIRE




Cela faisait un peu plus d’une semaine que le froid avait pénétré les entrailles du dôme, laissant ses habitants souffrir d’une température plus pauvre qu’à leur habitude, trop accoutumés à la douce chaleur artificielle avoisinant les vingt degrés. Je me souvenais très bien de ce jour, où le désastre de ce volcan avait emporté avec lui les beaux jours d’Hélion. Ma famille et moi avons été relogés et séparés dans deux baraquements différents, pour mon plus grand bonheur. Ainsi, je pouvais vivre une vie plus libre, me facilitant acceptation du froid et de la pièce étriquée qui nous servait de piaule. De plus, je ne me sentais pas seule. Aussi étonnant que cela puisse paraître, je me retrouvai avec Ven. Il y avait aussi une certaine Yuzi, une fille au teint pâle. Si avec. Bishop, notre relation n’avait pas toujours été des plus parfaites, avec la jeune femme à la peau porcelaine, elle était inexistante. En effet, cette dernière semblait prétendre à d’autres choses que dormir dans cet endroit glacial. Alors, nous n’étions que deux, parmi une foule inépuisable d’inconnus. J’avais pu, même si nous n’étions pas toujours enclins à partager ce baraquement chaque nuit et chaque jour, connaître davantage mon partenaire. Plus dans l’intimité et plus en détail, ce qui était loin de me déplaire. Cela faisait maintenant… Combien déjà ? Six années où nous nous connaissions ?


Depuis notre rencontre plutôt mouvementée et au caractère quelque peu lunatique, d’extérieur, nous avons développé depuis une amitié des plus sincère. Bishop avait même eu assez de confiance à mon égard pour me raconter sa drôle d’histoire. Pour ma part, les choses étaient bien plus compliquées. En réalité, notre relation ressemblait à celle d’un chat et d’un chien, cherchant toujours des petits pics pour ennuyer l’autre, titiller son ego. La taquinerie était le mot d’ordre de notre camaraderie. Un mot qui au fond cachait bien plus que ce que nous sous-entendions. Enfin, pour ma part, même s’il m’était difficile de l’avouer, il s’agissait d’une ambiguïté construite de gestes et de paroles maladroites. Peut-être que je me faisais des illusions, mais depuis le premier jour, j’avais ressenti que notre rencontre chamboulerait ma vie. En un regard, en un mot, en un geste, il avait su apaiser la Rhaelyn qui avait accumulé une rage au fond d’elle, telle, qu’elle était capable de saigner la carotide d’un mec qui lui avait pourri la vie. Depuis, il chatouillait ma susceptibilité en me prénommant « sa petite sauvage » et moi en lui rappelant, quel « parfait crétin » il faisait, et cela m’amusait beaucoup. En fait, sa présence créait en moi un apaisement par l’amusement. Je n’étais pas très sociable comme fille et encore moins en présence d’hommes. Bon, ok, je suis un garçon manqué et les discutions de filles me gavent au plus haut point, mais ce que je veux dire par là, c’est que moi et les mecs, n'y avons rien de bien séduisant. J’ai même tendance à être froide, distante et surtout maladroite, ce qui, mélanger à ma forte susceptibilité, ressemble à une grenade à deux doigts d’exploser à tout instant. Mais lui, il tirait sur la goupille sans avoir peur de l’explosion et même il le faisait avec le plus grand des sarcasmes, et étrangement ça me plaisait. Il me fait rire, et c’est assez rare chez moi, alors quand cela arrivait, j’en oubliai ma vie de merde.


Puis il y a Seth, un homme plus vieux que moi, que j’ai rencontré il y a peu. Il partageait la même passion que moi et aimait faire appel à mes services. Il m’a appris beaucoup de choses depuis mon intégration dans son équipe professionnelle, mais aussi depuis que j’ai, rejoins-les. Lucioles. Je sentais dans son regard une admiration, qui était réciproque. Lorsqu’il me demandait de l’aide, je prenais plaisir à me lever rien que pour découvrir de nouvelles choses. Lui était davantage spécialisé dans l’informatique et l’électronique, je pouvais développer mes compétences, déjà très ambivalentes, de mécano, ce qui ne pouvait que me plaire.


Ce matin-là, c’était ce qui se passa. Seth m’avait fait parvenir à travers une connaissance commune que je devais me rendre au pôle développement pour une affaire de cartes électronique et une histoire de talkie Walkie défaillant qu’il voulait rendre à nouveau fonctionnel. Ce même messager me fit part d’une nouvelle plutôt étonnante, que mon compagnon de baraquement avait sans doute oublié de me mentionner. Si nous avions tendance à nous porter chaud certaines nuits, sans aucune ambiguïté, je sous-entends. Je n’imaginais pas, qu’avant cela, il se frottait à une autre que moi. Certes, je n’avais rien à dire sur ses occupations autres que professionnelles, mais tout de même, j’estimais notre « amitié » assez constructive pour être informé de certains batifolages ou à tout ce qui y ressemble, sans avoir besoin d’en détailler le contenu, évidemment. Bref, cette nouvelle avait blessé mon ego de colocataire de sommier et il n’y avait rien de pire pour me rendre désagréable. Au fond, je ne souhaitais pas l’avouer, mais cela me foutait la rage de le savoir comme cela. Lui qui m’avait protégé d’un connard comme Xario qui s’tapait des meufs sans une once de sentiments amoureux. Quel foutage de gueules. J’aurai dû me fier à mes premières impressions, il y a six ans et refuser ce moyen de survie qui consistait à utiliser la chaleur de nos corps pour ne pas mourir de froid durant les dures nuits glaciales.


Quoi qu’il en soit, je quittai actuellement le baraquement où lequel séjournaient mes parents. Certes, mon admiration envers eux était au point zéro, mais ils restaient mes parents. Sans eux, j’aurai vécu comme clandestine, abandonnée dans le sous-sol lugubre du dôme. Parfois, je me demandai ce que je serais devenue en bas. Il m’arrivait même de penser que je serais peut-être plus importante, plus en adéquation avec mes idéaux, mais rapidement, je me rappelai que pour une fille, les choses étaient moins idylliques. Enfin bon, si auparavant ma famille subvenait à mes besoins, aujourd’hui, c’était l’inverse. En réalité, ma progression professionnelle me permettait un peu plus de plaisir qu’à mon adolescence. Si j’étais fier de mon parcours, mes parents, eux, semblaient plutôt indifférents à cela. Alors, comme d’habitude, de nombreux sujets avaient tourné en dispute, de quoi piquer encore plus la colère qui régnait en moi. Sur un dernier sujet de querelle, je préférai me rendre au pôle de développement, où Seth m’avait donné rendez-vous. Même si j’avais quelques minutes d’avance, il ne m'en voudrait sûrement pas d’arriver la première. Je parcourus une partie du niveau 0 portant sur mon épaule mon sac à dos qui était ma petite valise d’affaire que je ne laissais jamais au baraquement, de peur d’être porté disparu à mon retour- jusqu’à l’élévateur qui me porta au niveau 2. Même après six années, mon accréditation ne me permettait pas de me balader comme bon me semblait, j’avais toujours besoin d’un foutu justificatif ou de laissez-passer.


Ce fut de cette manière que j’ai réussie à m’introduire dans un des ateliers du pôle développement. Apparemment, Seth n’était pas encore là. Il arrivait souvent que ce dernier apparaisse avec quelques minutes de retard à son compteur, alors je ne m’inquiétai pas. De ces quelques minutes d’avance, j’en fis profit en me troquant mes habits pour ma tenue de travail. J’avais pris pour habitude de porter une combinaison assez épaisse pour éviter tous risques de blessure. Diminuer mes chances de devenir inapte était une chose plutôt judicieuse, surtout avec une situation comme la mienne. Je ne pouvais me permettre de faire un séjour à l’infirmerie au risque que ma Bourse s’en trouve appauvrie. Ainsi, je me déplaçai dans un coin de la pièce, me faisant moins visible. Dos  à l’entrée de la pièce et visage face coin de la pièce, je retirerai mon pantalon, ressemblant à un treillis avec un nombre incalculable de poches qui me permettait de transporter des petites pièces pouvant m’être utiles, ainsi que mon haut et la veste qui le recouvrait. La température était plus agréable qu’au niveau 0 mais un léger sentiment de fraîcheur rencontra la peau nue de mes jambes, mon ventre et mes épaules, provoquant un immense frisson dévalant mon corps très peu vêtu. Rapidement, je sortis de mon sac une combinaison rouge bordeaux. Un pied après l’autre, j’enfilai cette dernière, zippant la fermeture jusqu’à ma taille, avant de glisser mes bras dans les manches légèrement bouffantes.


Alors que je passais de mes mains le tissu sur mes épaules, je reconnus des bruits de pas qui attirèrent mon attention, en plus du bruit de la porte sécurisée qui venait de se verrouiller derrière l’individu qui venait de faire son apparition dans la pièce. Dans geste alarmant, je terminai de monter le fermeture-éclair jusqu’au-dessus de ma poitrine et me tournai vers. Seth qui venait visiblement d’entrer. Seulement, j’étais loin d’imaginer que la personne qui partageait la pièce en ma compagnie n'était nulle autre que Ven, mon colocataire irrespectueux. La surprise de le voir était clairement visible sur mon visage, trop même pour laisser deviner la colère qui sommeillait toujours dans une partie de mon esprit. Les sourcils froncés et la tête légèrement penchée, j’essayai, par mon regard, de lui faire comprendre ce qu’il fichait ici. J’espérai d’ailleurs, qu’il n’avait pas eu l’occasion d’admirer le spectacle, cela me gênerait bien trop mais vu la tête, il semblait avoir loupé aucun détail. Pleine d’incompréhension et de gêne, lui ayant perdu sa langue, je me décidai à engager les hostilités.


«  J’peux savoir c’que tu fous là au juste ? » Avais-je simplement demandé dans une voix se voulant très expressive face à la colère qui me consistait en cet instant.


Un de mes sourcils s’était relevé suite à mes paroles comme pour accentuer le point d’interrogation qui flottait dans les airs. Gênée, je remontai légèrement le zip de ma combinaison qui laissait entrevoir la naissance de ma poitrine, presque comme si je prenais mon colocataire pour un pervers. Une fois rectification faite, je rassemblai ma chevelure en une queue-de-cheval que je fixai à l’aide d’un élastique que je portais autour de mon poignet, attendant, impatiente, des explications concernant sa visite imprévue. En réalité, même si ces explications seraient très constructives et fondées, ma rage concernant les évènements que je venais d’apprendre, me rendrait totalement sourde.





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 Sujet: Re: Une panne et tout s'éclaire ❈ ft. Bishop    Sam 31 Mar 2018 - 17:50



Une panne et tout s'éclaire


11 février 2481  Baelyn






C’était une course effrénée, journée après journée, les heures défilaient à une vitesse grand V. Il fallait être partout à la fois, et résister à ce froid mordant, tout en assurant, ce qui se résumait, à de la survie. Nous étions en plein, dans ce que l’on pourrait nommer; les heures sombres d’Helion. Une population relogée, une population apeurée par la suite des événements. Des patrouilles de miliciens plus que présentes, qui n’hésitaient  pas à sortir les tasers pour la moindre raison. Je n’avais encore jamais vu un tel effroi auprès des habitants. Et pourtant, il fallait continuer à travailler, donner de son temps, pour ce gouvernement, qui, prend de moins en moins en compte les besoins de ses travailleurs. Bon petit soldats, sous les ordres de la terreur, la terreur de ne pas avoir sa ration, de ne pas avoir son lot de médaillons. Cela en devenait presque pitoyable.


Mais heureusement, que les Lucioles battent leur plein plus que jamais. Les réunions et les idées affluaient, dans l’optique de faire bouger les choses, prodigieusement. Mais comme je l’ai dit, cela demande du temps, beaucoup de temps, et nous n’en avions que très peu. Les rassemblements au niveau moins un, commençaient à faire trop de l’oeil, donc je ne sais pas pour quelle raison, Seth m’avait demandé de venir à son pôle. Non loin de mon atelier au niveau deux, je m’étais donc empressé, ce jour-là, de le rejoindre dans son antre. Parcourant la place publique, avec des aspects de cimetière, ayant perdu complètement cette figure chaleureuse, où les habitants déambulent avec entrain et convivialité, mes pas résonnèrent froidement sur les dalles. Croisant quelques visages blêmes, lorsque j’arrivai au niveau d’une patrouille de cow-boy, j’enfilai ma capuche la resserrant au niveau de mon cou. Autant se faire le plus discret possible, ce n’est vraiment pas le moment d’attirer l'attention. Glissant ma main dans la poche de mon sweat, je sentis la queue de Léonard, qui par surprise dormait comme une tombe. Etonné de sa présence, je caressai son pelage doux, réchauffant la froideur de ma peau contre son souffle régulier.


Les questions trottèrent dans mes pensées. Quelle était la raison de sa demande? Sûrement en rapport avec les Lucioles.. Avait-il des nouvelles, une avancée plausible sur le plan en cours ? Je ne savais pas, son message était court et concis, une heure, un lieu, c’est tout. Me glissant vers les escaliers, car les élévateurs avaient des tendances à déconner en ce moment, je me hâtai vers les niveaux supérieurs. Grimpant les marches avec difficulté, ma jambe me faisait atrocement mal en ce moment. Sûrement dû au froid, dû à une tension que je n’arrivais à apaiser. Le mélange de tout peut-être. C’était assez mollement, que j’avançai vers mon objectif, perdant un peu de ma joie de vivre, gardant un pessimisme qui ne me ressemblait pas vraiment. Ce qui allait suivre, n’allait en rien arranger les choses, pour sûr.  

Ouvrant la porte de l’atelier en question, je sentis Léonard se faufiler sur mon épaule à travers le tissu de mon pull. Sacré bougre celui-là, s’installant sur moi comme si c’était sa demeure, il se posa docilement, curieux de l’endroit où nous nous rendions. Le cliquetis de la grosse porte la fit s’ouvrir sur une grande salle remplie d’objets électroniques, d’ordinateurs, d’écrans, et de pièces quelconques. Analysant la salle, je vis la chevelure de Rhae’ dans un coin, en train de se rhabiller. Quoi ? J’hallucine là ? le sang commençait à me monter au cerveau, confirmant tous les doutes que j’avais jusqu’à présent.

Repensant à notre première rencontre, qui n’était autre, que mouvementée, les images de ces six années à ses côtés me laissèrent un goût amer au fond de la gorge. Six longues années, accompagnées de taquinerie, d’un jeu, qui ne me laissait pas indifférent. Cette petite sauvage avait changé quelque chose en moi, modifié mon ego, qui pourtant n’était autre qu’impassible. M’étant rendu compte, que pour elle, j’aurais été prêt à faire n’importe quoi, je vu ce moment, comme une trahison qui se renforçait. Je revoyais ses nuits, blottis l’un contre l’autre, pour seulement se réchauffer des méandres du froid, sans jamais franchir cette barrière qui nous maintenait au stade d’ami. Pourtant, depuis tout ce temps, j’aurais pu la franchir, mais la peur me renfermait dans ce quotidien, qui avait l’air, de bien nous aller. Son visage hantait mes rêveries, sa peau hâlée, la douceur de mes chimères. Il y avait quelque chose que je ne voulais pas admettre, par peur de fendre un coeur encore meurtri, par peur de ne pas avoir le reflet de mes concupiscences dans le miroir de son regard.

Dans cette temporalité qui traînait les années derrière nous, j’avais ouï entendre du rapprochement de Lyn et Seth. Sceptique, crédule, j’y avais cru, et comme quoi, la scène sous mes yeux, ne pouvait que me le prouver. D’un regard de plomb, rassemblant tout le noir que je pouvais puiser en moi, je la jugeai, non sans condescendances. C’était une pierre, même un pieux qu’elle m’offrait innocemment, pour que je puisse le planter au fin fond de mon âme. Lorsque ses paroles franchirent ses lèvres, d’une tonalité plus que complaisante, je ne pus m'empêcher d’élargir mes lèvres d’un rictus faux et ironique.

“Je peux te renvoyer la question. Au moins, moi, je viens ici pour travailler. “

Mes pupilles faisaient des aller-retour sur sa tenue posée non loin d’elle, à son déguisement, plus que ridicule. Si ce n’était qu’une mascarade, alors elle était bien réussie. Mais me prendre pour un débile, pensant que je ne savais pas où elle était la nuit dernière, alors faut vraiment l’être soi-même. Je ne sais pas d’où et pourquoi cette rage me gagnait, mais faisant tout pour contrôler mes mots, sans lui jeter des saloperies au visage, j'inspirai calmement tout en prenant Léonard entre mes mains. Le nichant dans une de mes paumes, tout en caressant doucement sa fourrure avec l’autre, je sentis mon énervement se transmettre dans son regard. D’un petit coup de dent, il me ramena à une réalité trop certaine.

Arquant un sourcil, similairement à elle, je m’approchai d’un des plans de travail, comme si je savais exactement pourquoi j’étais ici. D’un ton neutre, gardant un calme qui allait à l’encontre de ce que je ressentais, je lui lançai sur un ton glacial.

“Si tu peux aller finir tes petites affaires ailleurs, j’dois bosser ici, avec Seth. À moins qu’elles le concerne aussi...”


Cela aurait pu être une question, mais bien trop retranché dans mes constatations, ce n’en fut pas une. Dos à elle, renflouant une tristesse qui me surpris moi-même, j’imposai un silence que seul un effrayant tonnerre aurait pu percer. Dégoûté ? Déçu ? Écoeuré ? Peut-être … Mais je ne trouvais pas les mots.. Mais j’étais juste fatigué, et blessé, d’avoir joué avec elle, à ce jeu, qui pourtant, je pensais plus que sincère. Dans un murmure qui montrait toute la saturation qui m’envahissait, je laissai échapper allergiquement.

“Pfff.. Pathétique.. “

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 Sujet: Re: Une panne et tout s'éclaire ❈ ft. Bishop    Sam 31 Mar 2018 - 19:33




UNE PANNE & TOUT S'ECLAIRE




J’étais loin d’imaginer qu’en venant dans cet atelier, la seule chose que j’allais devoir justifier serait le lieu où je me trouvais la veille au soir. S’il y a bien une personne qui ne méritait pas d’avoir ces informations, c’était Ven. Non, et puis quoi encore ? J’avais passé plus de nuits seule qu’en sa compagnie dans ce baraquement pourri, alors si je devais lui piquer une crise à chaque fois qu’il était absent, je passerai ma vie à lui demander des explications. Certes, le sommeil était moins reposant lorsqu’il n’était pas là, mais était-ce une raison pour lui mettre la pression ? Non, je ne pense pas. Après tout, nous ne nous sommes rien promis. Je ne lui devais rien et lui non plus. Bon ok, je ne suis pas si crédible que cela, car si j’aurai su que les nuits qu’il avait manqué en ma compagnie étaient pour fricoter avec d’autres femmes, je lui aurais interdit de poser ses fesses sur ne serait-ce qu’un millimètre de plus de mon sommier.


Il était planté là, le regard plein de haine. Je ne parvenais pas à comprendre ce qui pouvait le rendre furax à ce point. Après tout, je n'avais rien fait de mal. Je ne savais pas que se changer hors de mon baraquement étais interdit. Pourtant, c’était beaucoup moins peuplé que notre chambre improvisée. Alors oui, j’enfilai une blouse et si cela ne lui plaisait pas, ba, je m’en foutais royalement, moi je ne jugeais pas sa capuche qu’il avait ridiculement rabattu en se prenant pour un espion. Il se croyait discret ? Il était le seul avec cette capuche, chose qui peut attirer automatiquement l’attention. Fin, bref, si le rouge n’était pas sa couleur favorite, il se trouvait qu’elle se mariait parfaitement à mon teint. C’est avec grande surprise que je découvris la voix, tout aussi obscur que ses yeux, noyé par des reproches dont je devais être le sujet. Très vite, je compris la maladresse par les derniers mots qu’il m’avait adressés : « au moins, je viens ici pour travailler ». Alors quoi ? J’étais une fille facile, une meuf sans respect envers son propre corps ? Ce n’est pas parce qu’il passait son temps à faire souffrir des meufs, ou à s’envoyer en l’air, que je faisais de même. Le dégoût était clairement visible sur mon visage, restant silencieuse face à ces accusations ne qui était qu’un putain de délire de sa part. Non, mais pour qui il se prenait ? Puis, qui il était pour me juger ainsi. Certes, Seth et moi n’avions jamais été clair à ce sujet, nous avons toujours eu une très bonne relation. Parfois, il arrivait que les choses dérapent mais jamais plus loin que la barrière purement et simplement amicale. Son regard plein de haine qui se baladait sur mes affaires puis sur ma personne me déplaisait tellement que la rage que j’avais ressentie jusqu’ici était à mille lieues de celle que je ressentais en cet instant.


Pendant six ans, nous n’avions que de rares disputes. La taquinerie était plutôt privilégiée et pour deux caractères forts comme les nôtre, c’était mieux ainsi. Si j’avais su m’ouvrir à une relation aussi ambiguë, c’était parce que je trouvais en lui une raison suffisante pour le faire. Jamais je n’aurais osé laisser une porte ouverte à un homme, si je ne le trouvais pas sincère ou que je ne l’étais pas en retour. Peut-être que ma retenue ne lui plaisait pas et qu’il avait été se réconforter ou me satisfaire ses besoins d’homme avec une autre, je ne lui en voudrais même pas. Mais qu’il vienne me reprocher de faire la même chose même si cela était loin d’être vrai-,, il devenait complètement contradictoire et cela me foutait encore plus la haine. Je n’avais pas le droit de profiter, ni le droit de ne rien faire sans qu’il aille voir ailleurs, alors qu’est ce que je devais faire ? Lui sauter dessus et lui promettre des choses que je n’étais même pas sûre de connaître moi-même ? Non, ce n’était pas mon genre et si attendre m’avait permis de découvrir la personne qu’il était réellement après six ans, alors je ne regrettai rien.


Remplie de douleur, de rage et dérangée par le goût amer qui trainait dans la bouche, je le regardais caresser Léonard que j’avais déjà pu rencontrer et qui était, je peux désormais l’assurer, plus intelligent que son maître. J’étais toujours silencieuse, attendant que ce dernier ait fini son cinéma à deux balles pour lui faire comprendre le fin fond de mes pensées. L’observant se rapprochait du plan de travail qui lui faisait face, je rangeai mes affaires au fond de mon sac que je poussai dans le coin de la pièce. Une fois ceci fait, j’entendis la voix de mon interlocuteur résonner entre ces quatre murs. À ce moment, c’était excessif. « Si tu peux aller finir tes petites affaires ailleurs » ? Non, mais il était sérieux en plus ?  J’avais une once d’espoir, naïve, qu’il y avait peut-être de la taquinerie et non un reproche dans l’air, mais visiblement c’était loin d’être le cas. Tandis qu’il me faisait dos, je laissai un lapse de temps s’écouler pour refouler au fond de mon être la colère qui, avec mon impulsivité, aurait pu faire de gros dégâts. Et cela, ce n’était rien. Lorsque j’ouïs l’adjectif avec lequel il avait osé me décrire, je ne pus laisser passer un tel irrespect. Ho et puis merde, il ne méritait pas que j’enfouisse quoi que ce soit en moi, même pas la haine que je ressentais à son égard.


D’un geste spontané, je rejoignis d’un pas déterminé le jeune homme sans tact. Une fois face à lui, je laissai mes pulsions prendre le dessus sur ma raison. Il était allé trop loin.


« Tu sais ce qu’elle te dit la pathétique ? » Une baffe des plus sincères caressa sa joue avec autant de délicatesse qu’un coup de pied dans les bijoux de famille, car oui, si j’étais assez cruelle, c’est ce que j’aurai privilégié. « Elle t’emmerde. Elle t’emmerde parce que tu n'es qu’un pauvre imbécile ! Tu crois que je ne suis pas informée de tes batifolages ? Ne fait pas de tes erreurs, les miennes. Je n’ai rien fait et je te pensais assez intelligent pour le deviner. » Toujours en colère, j'agrippai son sweat et le tirai dans un mouvement de colère qui me rendait complètement incontrôlable.


Soudainement, en plein milieu de mes reproches, la lumière vint sauter accompagnée de grésillement strident et désagréable. Le regard emplit de haine envers mon interlocuteur, le quittaient un instant pour observer les jeux de lumière qui ne présageaient rien de bon. Dans une illumination, je me précipitai vers la porte afin de l’ouvrir avant que le courant ne soit complètement coupé. Malheureusement, je ne fus pas assez rapide puisque la lumière quitta la pièce tout comme toute électricité présente en ce lieu. Décidément, la jauge de rage continuait à grandir en moi faisant même exploser cette dernière. Énervée, je tapai de mes points contre la porte bloquée même si cela provoquait au niveau de mes phalanges une douleur insupportable, je continuai jusqu’à ne plus avoir la force de porter d'autres coups.


« Putain… Fais chier ! Il manquait plus que ça. » Soupirai-je en me retournant, laissant glisser mon dos contre la porte jusqu’à me retrouver assise sur le sol froid.


Les phalanges de mes mains violacées, à cause du froid, dégoulinaient de sang. Trop fier pour grimacer ou montrer une quelconque douleur, j’essuyai le sang en silence sur ma combinaison. Heureusement, leur couleur était similaire ce qui ne me laissait pas avec une vilaine tâche maronnée. Cette situation ne tombait pas aux meilleurs des moments, mais à vrai dire je n’avais pas le choix. J’avais envie de craquer, car ma journée était clairement des plus merdiques que j’avais pu connaître. Reprenant mes esprits et mon souffle, je finis par me relever et passer mes paumes sur mon visage comme si cela me réveillerait d’un cauchemar qui n’en était visiblement pas un. Je retenais mes larmes de rage, ne voulant pas montrer que tout ce qui se passait dans ma vie en cet instant me rendait affreusement malheureuse. La dispute avec mes parents, la relation étrange que j’entretenais avec Seth, puis Ven, qui venait de me toucher en pleine cœur. Je ne saurais même pas relever si cela était dû à l’attachement que j’avais développé envers lui, que, parfois, je ressentais comme plus qu’amical et que je pensais réciproque jusqu’à maintenant. Je finis par retrouver l’usage de ma bouche pour tenter de donner enfin des explications à ce qu’il était en train de se passer et qui pour moi étaient plus importantes que je ne le laissais paraître.


« Si tu veux tout savoir, je n’ai rien fait avec Seth. Si je suis ici, c’est parce que l'on me l’a demandé et pour aucune autre raison. J’étais avec mes parents hier soir, probablement une compagnie que j’aurai préféré autre.»


Je ne lui n'avais jamais parlé de mes parents en détails, ni des disputes qui étaient les uniques échanges que j’entretenais avec eux. Alors peut-être qu’il ne pouvait pas me comprendre, mais je m’en foutais royalement. Je n’allais pas me justifier cent ans sur des choses inexistantes. En revanche, je ne comptais pas laisser passer les dernières nouvelles qui étaient parvenues à mes oreilles.


« En tout cas, j’imagine que cela ne te pose pas de problème que je dorme seule à présent. Je préfère avoir froid plutôt que de laisser le peu d’espace qui m’appartient à quelqu’un qui ne respecte personne. »

Mes yeux cherchaient les siens dans le peu de lumière que nos yeux parvenaient à captiver tels des chats dans la pénombre. J’étais loin d’être prête à le pardonner pour les mots qu’il avait employé pour me qualifier et lui était sûrement loin de m’excuser de la gifle que j’avais osé lui mettre. J’avais espoir qu’il ne prenne pas cela comme une attaque mais plutôt une façon de lui remettre les idées en place, lui montrer que je n’étais pas ses filles avec qui ils s’envoyaient en l’air. Moi, j’étais une sauvage et il le savait, c’était comme jouer avec le feu sans prévoir qu’il s’embrase.






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 Sujet: Re: Une panne et tout s'éclaire ❈ ft. Bishop    Mer 4 Avr 2018 - 22:16



Une panne et tout s'éclaire


11 février 2481  Baelyn





Quelle surprise de la voir elle, hanter ce lieu comme elle hantait mes pensées. Cela faisait six ans que je me résignais à rester dans ce stade de notre relation, qui me convenait très bien. Le fait de la savoir là, près de moi, dans un jeu du chat et de la souris, dans une complicité extraordinaire, me suffisait en apparence. Mais au fond, si je bouillonnais, si rien que le fait de l’avoir imaginé ici pour une autre raison, c’est que je savais au fond l’impact de cette idée. D’un extrémisme pur et dur, j’avais réagi, sans réfléchir, lui balançant des saletés au visage, des reproches qui n’étaient fondées que dans mon imaginaire. Même si j’étais au courant du rapprochement de Seth envers Lyn, je ne savais vraiment si plus, c’était passé. Mais même, s’il en était ainsi, rien ne nous unissait, elle était libre de faire ce qui lui chantait, comme moi aussi. C’était une tension des plus électriques, comme je n’en avais jamais ressenti à vrai dire, qui s’était installée entre nous. Même si en temps normal, nous étions toujours dans l’affront et dans la taquinerie, ce n’était jamais vraiment sérieux, jamais avec grande conviction. C’était du taquin, des effluves de notre attachement l’un à l’autre.

Mais à ce moment précis, j’avais l’impression de l’avoir perdue, comme si la Rhae que je connaissais si bien n’était plus qu’un vague souvenir. Que la paire d’yeux qui se tenait devant moi, me défiant d’une colère noire, n’était autre qu’étrangère. Ma fierté fut prise d’une violente claque, comme si l’homme que j’étais devant elle, n’avait plus aucune considération à ses yeux, comme si je n’étais qu’un simple étranger, un simple fricotin de bas étage. Mais pourtant, si elle savait tout ce qu’elle représentait pour moi, si elle savait à quel point depuis le premier jour, sa bouille était devenue importante dans mon quotidien, le feu qui grandissait entre nous, n’aurait peut-être pas une telle envergure.

J’entendis ses pas lourds se diriger vers moi. Sans une once d’hésitation, lorsque je me retournais au même moment, elle me colla une énorme claque qui me fit tourner la tête dans l’élan infligé. Elle m’assomma de paroles plus dur les unes que les autres, m’indiquant qu’elle était au courant pour mes batifolages. Quoi ? Mes batifolages ? Sûrement parlant de Riviera, j’eus un léger doute à ce sujet. Comment était-ce possible qu’elle soit au courant ? Surtout comment était-il possible que QUELQU'UN soit au courant ? À moins qu’il y ait des caméras dans ma chambre ? Que quelqu’un nous ait vus devant ma porte ? Mais pour en tirer une conclusion si hâtive, faut vraiment être un fouiner. En même temps, cela ne m’étonne pas, Helion est rempli de fouiner, et je dois en faire partie également. Même si la conclusion me paraissait infondée de la provenance, elle était bien réelle. Mais sa réaction à elle, comment ne pas la remarquer. La façon dont elle me lançait d’un ton tellement accusateur, que si je n’étais pas si énervé, j’aurais pu croire qu’il y avait une pointe de jalousie.

Le regard baissé, une main sur ma joue encore rouge de la gifle, j’eus un petit sourire cynique, ce même sourire qui n’osait me lâcher dans les pires situations. Oui, elle était jalouse, sa façon de se justifier, de se comporter à l’évocation de Riviera ne pouvait que me le certifier. Sous mon voile de cheveux, j’entrepris de capter son regard, essayant de démêler le vrai du faux, de savoir si son accusation à mon encontre, n’était juste pas pour, dissimuler la sienne. Mais comme elle le dit si bien, je ne suis qu’un pauvre imbécile, un pauvre idiot qui ne comprend rien aux filles, et surtout rien à ce qui loge dans son cœur, à elle.

Soudainement, le noir envahit l’atmosphère de la pièce, les cliquetis de la porte se firent entendre accompagnés des grésillements des ampoules. Avec les récents événements, c’était une chose plus que prévisible. Les coupures étaient récurrentes et de plus en plus nombreuses. Je n’avais pas bougé d’un pouce, aucun mot n’était sorti de mes lèvres, mais je l’observais se jeter sur la porte. Dans un juron de désespoir,  Rhae essaya de toutes ses forces de contrer ce malheureux incident. Tapant dessus poing après poing, s’épuisant alors qu’elle savait très bien qu’elle ne pourrait la faire bouger, elle expulsait sa rage, d’une certaine manière.

J’crois bien que sa gifle m’avait remis les idées en place, du moins enlevée les fausses que je m’étais bêtement faites. Je retrouvais devant moi la Rhae que je connaissais, la Rhae qui m’avait fait naître quelque chose en moi, depuis ce premier jour. Les gouttes perlèrent de ses phalanges, bien trop fière pour ne laisser paraître aucune émotion. Je l’avais admiré et je l’admirais encore pour ce qu’elle était, cette sauvageonne ébouriffée par la vie. Même si la rancoeur que j’avais eue précédemment n’était pas totalement partie, je pris assez de recul pour l’écouter, pour entendre ce qu’elle avait à me dire.

Ses parents, je n’en avais que très peu entendu parler, et les rares fois où s’en était le cas, ce n’était pas pour en chanter les louanges. Même si je ne lui avais pas posé la question officiellement, elle me répondit à une interrogation que je m’étais faite silencieusement. C’est vrai que de ne pas la voir, ne serait-ce qu’une nuit, me laissait une sensation froide et terne. Mais dans la fin de sa phrase, je perçus un tacle, un mot qui, pourtant elle le savait, ne me plairait guère.

Je décidai enfin, de bouger, attrapant un chiffon qui gisait sur l’établi derrière moi. D’un pas bancal, aggravé par la pénombre, j’essayai de garder le peu de calme que sa baffe m’avait apporté. Arrivant à sa hauteur, alors qu’intérieurement je bouillonnais, je gardais un visage impassible, neutre. Ne montrant pas à quel point ses mots m’avaient tellement plus touché que son geste. Je m’accroupis devant elle, voyant enfin les traits de son profil se dessiner d’entre l’obscurité. D’un geste sûr et certain, ne lui laissant pas le choix, j’attrapai ses mains pour les couvrir doucement du bout de tissu que j’avais déchiré en deux. Baissant les yeux pour me concentrer sur ma tâche, pour faire les choses bien, je commençai d’une voix calme, tout l’opposé de ce que j’étais en intérieur.

“Tu sais Rhae, si je ne te respecterais pas, je n’aurais jamais mis mon poing dans la gueule de Xario ce jour-là. Je n’aurais jamais passé du temps avec toi comme on l’a fait.. Je ne t’aurai jamais recommandé pour les Lucioles… Tu es une des personnes les plus importantes pour moi, dans ce foutu endroit.. Alors, tu ne peux pas dire que je ne te respecte pas, non…”


En fin de phrase, j’avais relevé mon regard dans le sien, pour lui montrer la conviction de mes propos. Tout était vrai, tout était honnête, je ne pouvais pas l’être plus. Lentement, je me relevai pour rejoindre ma position de départ, Léonard s’y trouvait, silencieux comme un enfant qui assiste à la dispute de ses parents, il était posé sur son train arrière, pour entamer sa toilette. Fouillant dans une de mes poches, j’en sortis un vieux paquet de cigarettes, où il n’en restait que deux. Je n’étais pas vraiment un gros fumeur, mais les circonstances faisaient que j’en avais besoin. J’avais besoin de lui parler, de sortir pour une fois, un sac que je tenais depuis trop longtemps.

“ Je suis désolé que tu ais appris pour Riviera dans de telles circonstances. Mais comme tu as dû le comprendre, je croyais.. Enfin, j’étais même persuadé… Que Seth et toi … Ben voilà quoi… Tu crois que ça m’touche pas ? Tu crois que j’ai un coeur de pierre, même si je joue l’dur ? Tu me connais non p’tin ?”

C’était à coeur ouvert, dans un élan de confidence, que je tombais le masque. Même si elle me connaissait que trop bien, même si avec elle, j’avais tendance à jouer encore plus le caïd, elle se doutait de mon fond, j’en étais sûr. Je tirai une énorme bouffé sur ma clope à peine entamée, tout en me retournant dans sa direction. Et là, je cherchais.. Je cherchais son regard, celui que je connaissais par coeur, que je voulais revoir, pour effacer celui avec lequel elle m’assassinait depuis de nombreuses minutes.


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 Sujet: Re: Une panne et tout s'éclaire ❈ ft. Bishop    Mer 18 Avr 2018 - 0:11




UNE PANNE & TOUT S'ECLAIRE




Jalouse ? Ma fierté n’aurait guère autorisé ce terme bien trop péjoratif à mon goût, mais pourtant, c’était la triste vérité. J’étais jalouse de ce qu’il pouvait se passer entre Bishop et Riviera, parce que secrètement, j’osais espérer qu’après six années il m’est attaché plus d’importance. Une importance suffisante pour dépasser celle d’une fille dont je n’avais jamais entendu parler, et qui, de prime à bord ne semblait pas aussi présente dans son quotidien que moi. Cela était peut-être une possessivité mal placée puisque, officiellement, nous ne nous devions rien. Mais ne rien devoir, ne voulait pas dire ne rien espérer, et visiblement, j’avais fait preuve d’imagination. Voilà pourquoi je ne supporte pas de livrer mon âme, mon cœur et mon esprit à des gens aussi gentils soient-ils, parce qu’un jour, ils prennent une décision qui me déplaît, qui va à l’encontre de mes idéaux, et cela entraîne dans le même temps, une forte déception pour ces derniers. Certes, je suis loin d’être parfaite, mais j’estime que certaines choses sont logiques et ne méritent aucune excuse, car elle rentrerait dans une oreille pour en sortir de l’autre. Des pardons, sans fondement, avaient pour moi autant de valeur qu’un bout de ferraille dans la fosse : il y en a des milliers, tous similaires et ils résultent sans intérêt.

J’y étais allée un peu fort, jamais auparavant, je me serais permis de porter ma main sur sa joue de la sorte, mais les circonstances m’avaient fait perdre mon sang-froid. En réalité, après cet acte, je regrettai déjà d’avoir fait preuve d’immaturité, j’aurai dû travailler mon self-control et ne rien montrer. J’avais usé de faiblesse, je lui avais exposé, en pleine figure, le mal que cela m’avait fait, et par la même occasion, obligée à déballer ma jalousie que je ressentais envers lui. Le pire, c’était que je n’en avais pas fini : m’acharnant sur la porte assurément bloquée, dans la rage la plus immense. Je perdais toute crédibilité, ainsi, je trouvais en la pénombre un avantage : celui de ne pas être perçue aussi bien que distinctement que dans la lumière artificielle. Heureusement, cela m’avait permis d’éviter de prendre connaissance du sourire narquois qui était sans cesse ancré sur son visage, même dans les pires situations. En six ans, cette mimique avait poussé mes nerfs à bout. Susceptible et lunatique par moment, je n’appréciais que rarement le cynisme dont il faisait preuve, du moins, la plupart du temps. Assez pour que mon niveau d’irritabilité en prenne un coup. Sachant que dans une situation comme celle-ci, j’étais à deux mille pourcents de plus que ce qu’il avait connu jusqu’ici, il était meilleur, autant pour moi que pour le châtain, de ne pas être au courant de ce sourire qui m’aurait fait perdre patience. Pouvant alors entraîner une force obscure des plus profondes, à la limite de l’homicide.

Même si la porte fut un très bon défouloir, ce n’était pas assez pour une rage aussi profonde que la mienne. Autant de sang aurait pu couler que ça ne m’aurait apporté aucun soulagement face à la situation qui se déroulait à l’instant. Épuisée, plus que calmée, je finis par renoncer à me faire plus de mal que je n’en faisais à notre seul moyen de sortie. Je regrettai presque de ne rien avoir fait avec quiconque dans ce dôme merdique. Je suis loin de penser que la vengeance par la même débilité est faire preuve d’intelligence, mais parfois, l’être humain à des envies bizarroïdes. Et niveau bizarreries, je suis loin d’être une novice. Le savoir aussi dégoûté que moi m’aurait permis de penser que les choses que je ressentais envers lui étaient absolument normales. Apparemment, ça ne l’était pas. Du moins, ce n’était pas aussi réciproque que j’aimais le penser.

Fesse à terre, le souffle court, j’avais finis par retrouver mes idées, qui jusqu’ici m’avaient fait perdre mon sang-froid. Si j’étais de nouveau en plein dans la réalité, c’était grâce – ou à cause, allez savoir - de ce crétin. La douleur du contact entre les plaies et le tissu m’avait procuré un électrochoc aussi puissant que celui qui ramenait les morts à la vie. Silencieuse, j’écoutai, légèrement dissipée par mon sal caractère qui me dictait de rester impassible, les aveux de mon interlocuteur. Même s’il était proche de moi, même s’il me touchait, j’avais l’impression qu’un fossé éternel venait de se creuser dès lors où je sus pour Riviera.

Malgré toute la sympathie et l’honnêteté qui se dégageait de ses mots, comme de ses yeux. Ma fierté me donnait envie de faire preuve de répondant. Immature ? Non. Je ne voulais pas faire partie de ceux-là. Alors je restai le bec cloué, même si à l’intérieur, je n’avais qu’une envie, lui rentrer dedans en lui répondant : « Aussi importante que toutes celles à qui tu sors le même baratin ». Mais au fond, je n’avais pas envie de connaître la réponse à ma rétorque, au cas où celle-ci se trouverait juste. Je préférai croire en nous, même si cela était totalement irrationnel. Ainsi, je le regardai fouiller sa poche tandis que d’un autre œil, je surveillais Léonard qui avait entrepris un brin de toilette. Je n’aimais pas vraiment le fait que ce crétin fume, mais cela restait exceptionnel. Puis, pour ne pas mentir, cela lui donnait un côté assez viril, qui de temps à autre me plaisait. À cet instant, je compris dans son regard, comme dans son attitude que quelque chose pesait lourd, aussi cachottier qu’il puisse être. Éternellement muette, j’assistai à une déclaration qui me fut des plus surprenantes. Même si cela me touchait, je n’aimais pas vraiment ses justifications. Puis, je me rappelai que moi-même, j’avais eu, un instant, penser me venger en reproduisant la même « faute » que lui avec un autre homme. Alors, je compris que nous étions pareils, que malgré notre courage, il arrivait parfois qu’on fasse preuve de faiblesse. J’en étais la première à en avoir fait les frais – puisque la porte était visiblement indolore et immortelle -.

Bizarrement, moi, Rhaelyn au cœur de pierre, je trouvais au fin fond de moi une part d’empathie. Remplie de doutes en permanence, étrangement, cet instant me paraissait des moins suspects. Je n’avais même plus envie de remettre en question qui que ce soit, ni même toute autre chose. Puis, ce n’était pas vraiment mon droit non plus. Après tout, rien ne me donnait l’autorisation d’être en accord ou non avec ce que le passé avait laissé derrière lui et moi. Le regard longuement fuyant, j’avais fini par trouver retrouver le chemin qui ne m’était plus étrange, ni même inconnu. Au contraire, ses yeux étaient devenus un de mes sentiers préférés, ils m’étaient même devenus extrêmement familiers. Sans trop réfléchir, j’ôtai l’objet qui était logé dans le coin de sa bouche, qui attendait juste d’être consumé. Je gardai l’avant-dernière cigarette qu’il possédait entre mes doigts. J’avais précédemment réajusté les tissus postés sur mes phalanges, de manière à en faire des pansements ce qui me permettait d’utiliser mes extrémités avec plus de mobilité. Je fis rouler l’additif entre mes index et mes pouces, replongeant mon regard vers le bas, déjà honteuse de la sincérité dont j’allais faire preuve :

« J’aurais préféré que tu sois honnête avec moi. Je m’excuse si mon comportement a pu te faire croire en de telles choses, ce n’était pas mon but. » J’avais quitté la cigarette de ma main droite pour venir la glisser, avec une grande souffrance indissociable, sur la joue du sincère homme. « De ton courage, j’aurais aimé que tu me dises ce qui t’a poussé à douter de moi plutôt que de me le faire comprendre de la sorte. Je mentirai en disant que je ne t’en veux pas, car il est clair que je fais preuve de grande retenue en cet instant, mais à ta place, je ne sais comment j’aurais pu agir. » Je lui tendis à nouveau l’objet qui habitait ma main gauche, profitant de ce geste pour plonger mon regard dans ses obscurs iris. « Après tout, tu ne me dois rien. »






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