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 La tapisserie de Pénélope

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 Sujet: La tapisserie de Pénélope   Jeu 31 Mai 2018 - 20:11

La tapisserie de Pénélope

avec @Thadée Czerkow

Le soleil froid et grisonnant du matin la ramena à la réalité. Loin de ce verdoyant passé qui ne lui apparaitrait plus qu’en rêve. Son cerveau lui transmettait encore l’odeur fraiche des salades et de la terre nourricière. Le touché duveteux des fruits mûrs gorgés de sucre, la splendide vue de ce jardin qu’elle avait rendu Eden. Juste un peu plus longtemps, ne pas respirer trop fort. Faire entrer ce minimum d’oxygène pour ne pas perdre les effets de ces rêves hallucinatoires. L’arrête de ses narines tiqua, et le parfum glacial de la cendre acheva de la réveiller. La jeune femme ouvrit les yeux, et ses prunelles claires traversèrent la lucarne pour observer les nuages d’un gris douteux au dessus de sa couche. C’était bien le seul moment de la journée qu’elle s’autorisait à donner en pâture à la mélancolie. Le poids du reste lui donna la volonté de se relever et d’entreprendre une rapide toilette. Le système de chauffage d’Eagon avait été mis en place il y a quelques semaines. Les quelques poules et animaux restant avaient été adossés aux serres et transmettaient une chaleur suffisante pour entreprendre les premiers semis. Elle avait fait la sélection mais il restait une bonne partie des bâches à mettre en place. Et puis…  et puis il leur faudrait attendre. Et rien ne lui paraitrait plus long que la croissance de ces fragiles brins de chlorophylle.

D’humeur maussade, elle rencontra sur son chemin le parfait reflet de ses émotions et s’obligea à composer un masque plus ouvert bien que grave aux gens qu’elle croisait. Ils attiraient toujours, ces regards clairs semblables à des phares dans la nuit. Et Hécate n’avait pas fait dix mètres que les questions de différents habitants sur les stocks, les prochains repas, et la possibilité de diminuer le rationnement lui tombèrent dessus. Comment répondre calmement une fois, deux fois, mille fois aux mêmes questions ? Pour la sorcière du village qui supportait mal qu’un troupeau s’agglutine autour d’elle tel une nuée d’insectes, se fut impossible.

« On fait de notre mieux ok ! Le rationnement doit continuer. Qu’on le veuille ou non si l’on veut survivre il va falloir s’y habituer. »

Le visage d’Hécate mangé par la fatigue creusait ses traits d’une lueur inquiétante et la plupart des Sterosiens s’en tenèrent là, s’attendant peut-être à voir surgir des flammes de ses narines et des incantations de ses lèvres pincées. Reprenant d’une voix qu’elle souhaita plus douce elle lâcha avant de s’éloigner vers le potager.

« Ne perdez pas espoir je vous en prie. »

Trouver des solutions techniques pour survivre était ardu. Mais une population n’ayant plus rien à perdre était prête à renier toutes les lois qu’elle s’était établie. Et c’était un danger qu’Hécate ne savait pas contrôler. Les barrières rassurantes de son domaine furent en vue et elle se glissa à l’intérieur du potager, balayant par réflexe ce champ de ruines auquel ses équipes tentaient jour après jour de redonner vie. Les 3ha du potager étaient nus, seul un fin paillage recouvrait les premiers centimètres de terre. On avait arraché les cadavres. Fait place net. Mais le froid avait figé les cicatrices et les crevasses. Alors on avait bâché, créer des tunnels. Ils répareraient ce corps meurtri. Hécate s’en faisait le serment. Dans un soupir bref, un nuage de vapeur s’échappa de ses lèvres et elle commença sa tournée. Aidant de ci de là, arrangeant un cerceau, un plastique, un tunnel. Elle sentait à chacun de ses pas, un sol compact, un linceul sous scellé.

La cultivatrice revenait de la ferme lorsque une silhouette longiligne rasa la clôture. Semblable à ces plants de maïs qui s’agrippent au ciel tout en balançant une lourde tête, Hécate fronça les sourcils à l’arrivée de Thadée sur ses terres. Ce n’était pas qu’elle le détestait, disons qu’ils étaient partis du mauvais pied, et que les faux pas s’étaient enchainés. Bref. Il n’avait rien à faire là. D’un regard décidé, elle s’avança vers lui, colère sourde que ses mèches blondes volant au vent peinaient à adoucir.

« Le potager est réservé aux cultivateurs. Tu n’as rien à faire ici. Va t’en. » Les bras croisés elle le toisa de haut en bas, craignant déjà que l’un de ses bras, jambes, pieds et autres groupuscules de sa personne ne viennent abimer ne serait-ce qu’un fétu de paille à sa portée.
« S’il te plait. » rajouta t-elle moins par politesse que pour accélérer les choses.


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 Sujet: Re: La tapisserie de Pénélope   Jeu 31 Mai 2018 - 23:24

La tapisserie de Pénélope
Au début, il avait senti un genre de poids sur son estomac, comme quand il voyait que Hal était parti, la nuit. Et puis la nuit noire aidant, la culpabilité aussi, il s’était levé. Thadée était un gentil garçon, mais il n’avait pas beaucoup de tact, et il était assez maladroit. Il en était conscient, et faisait de son mieux pour ne pas faire d’impers, mais ça ne marchait pas toujours. Du coup, il faisait inévitablement des choses qui blessaient les autres. Oh il s’en voulait après, c’est sûr, mais le mal était fait. Pourtant, il avait trouvé cette douloureuse maladresse ailleurs qu’en lui, et avec de bien plus terribles conséquences. La vie. Tout simplement. Ici, à Steros, il avait vécu des choses déroutantes, et avait été confronté malgré lui à bien des questions qu’il aurait préféré ne jamais avoir à se poser. Comme par exemple, et s’il ne retournait jamais chercher Hal ? Est-ce qu’honnêtement, il s’en voudrait vraiment ? Chaque fois qu’il y pensait, sa gorge se nouait, et il chassait la question. Les gens qu’il avait blessés était nombreux, et il trouvait toujours le moyen de se racheter. Ou presque. Il y avait bien cette fille, qu’il n’avait jamais eu le courage de retourner voir pour s’excuser. Elle s’appelait Hécate. Un nom qui, il trouvait, forçait le respect. C’était peut-être dans la prononciation coupante de ces trois syllabes, ou peut-être juste dans les regards brûlants qu’elle lui lançait quand ils se croisaient qu’il avait accroché ce sentiment. En tout cas, c’était là. Il avait blessé cette femme, et n’avait rien fait pour demander son pardon. Il fallait régler ça.
Dehors, il appréciait que la nuit soit si sombre. Ses yeux pouvaient se reposer, et il pouvait admirer le camp endormi, en apprendre les détails qu’il ne pouvait malheureusement pas apprécier le jour, quand il était obligé de se cacher derrière ses lunettes. Comment faire ? Comment lui montrer qu’il était désolé ? Thadée soupira, et songea que le meilleur moyen de lui demander pardon serait sans doute en faisant ce pourquoi il était le plus doué : coudre. Il allait lui fabriquer quelque chose.

Rapidement, le jeune homme se glissa sous sa tente, tout droit vers son sac qui trainait au milieu de son établis. D’un large geste du bras, il poussa ses travaux en cours à l’autre bout de la table, et se mit à fouiller son sac. Il trouva rapidement ce qu’il cherchait : les gants de Josefine. En touchant à nouveau le cuir fin, des souvenirs douloureux lui revinrent en mémoire, qu’il chassa rapidement. Il se concentra sur Hécate. La première fois qu’ils s’étaient croisés, il avait pris sa main. Enfin, elle l’avait aidé à se lever. Ses mains lui avaient tout de suite rappeler celles de Josefine ; il s’en souvenait parce que ça l’avait perturbé un moment. Oui, elles étaient un peu plus abîmées, parce que Hécate travaillait la terre, mais sinon… Il attrapa sa boîte d’aiguilles, en tira une un peu courbe. Puis il fouilla encore son sac. Il avait une bobine de fil vert quelque part – il savait que c’était vert, parce que Myho le lui avait dit, c’était lui qui lui avait donné – et il savait exactement ce qu’il devait en faire. Quand il trouva le fil qu’il cherchait, il se mit au travail, tout en repassant dans sa tête cette désastreuse première rencontre.


Quelques temps plus tôt, Thadée arrivait à Steros...

Il s’était réveillé quelque part, et avait tout de suite compris que quelque chose n’allait pas : il avait ouvert les yeux, il le savait, et pourtant, il ne voyait pas. Rien du tout, le vide complet. Et puis il y avait eu des voix, qu’il ne connaissait pas. On lui avait expliqué qu’il était arrivé dans une communauté qui s’appelait Steros. Qu’il avait été sauvé. Il se souvint. Le désert. La marche. Hal. Le chat. Thadée s’était mis à paniquer, où était le chat ? Comment allait-il ? La voix lui avait dit que le chat allait bien. Qu’il le retrouverait, mais qu’il devait d’abord se reposer. Puis on lui avait posé des questions, ce qu’il venait faire ici, et pourquoi. Il avait répondu qu’il venait de la forêt, et qu’on l’avait chassé de chez lui. C’était presque toute l’histoire, il ne mentait pas. Il avait demandé à rester. Après un silence un peu trop long, quelqu’un avait dit : qu’il fasse ses preuves.
« Je sais coudre ! » il avait lancé.
« On verra. » avait répondu la voix.
Et il était resté là, encore quelques jours, jusqu’à ce qu’on le mette à la porte. Il n’avait pas complètement recouvré la vue, et se diriger était très compliqué. Tout ce qui l’entourait avait des formes floues, et malgré les informations précises pour rejoindre la tente qui lui avait été attribuée, Thadée était complètement perdu. Il essayait vraiment de ne rentrer dans personne, mais les yeux plissés et aveuglé par la lumière, perdu dans ses pensées et dans les semblants de rues de Steros, il ne fit pas attention à la brouette qui allait bientôt lui couper la route. Tout ce qu’il vit, c’est une grosse tache. Il pensa à une ombre, et les ombres, on peut marcher dessus. Il comprit son erreur en sentant la douleur de ses tibias tapant le métal, le bruit tonitruant de pots qui se brisent, et sa rencontre avec le sol après avoir chuté par-dessus ce qui était l’ombre la plus solide qu’il ait vue dans sa vie… Il eut à peine le temps de comprendre ce qu’il venait de se passer, quand une voix enragée l’interpela. Il était bien désolé, mais c’était déjà trop tard. Les yeux rivés sur le sol à défaut de savoir quoi regarder, Thadée resta allongé au milieu des débris, le temps de reprendre son souffle, et que les cris cessent.
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 Sujet: Re: La tapisserie de Pénélope   Mer 6 Juin 2018 - 19:39

La tapisserie de Pénélope

avec @Thadée Czerkow

Quelques mois auparavant…

Il y a des choses qui se voient comme un nez au milieu de la figure ou une brouette au milieu d’un chemin. Mais il arrive que pour certains, un visage ou un chemin n’aient en commun avec les autres pas plus qu’un picasso avec le reste de l’art. Et cet homme là était l’un des artistes les plus atypiques qu’il lui ait été donné de rencontrer. La cultivatrice ne l’avait pourtant pas tout de suite vu. Trop occupée qu’elle était à discuter des prochaines récoltes avec la cuisinière en chef de Steros.

« La deuxième semaine de janvier c’est trop tôt. Je te le répète à chaque fois et pratiquement chaque année depuis sept ans Martha. Ce n’est pas parce que tu veux mettre à ton menu une soupe de potiron pour Monsieur le Guide qu’il va soudainement se décider à mûrir plus vite. Vous les cuisiniers vous pensez toujours que tout tombe tout cuit dans vos assiettes. »

Croisant les bras, Hécate souffla bruyamment au babillage que lui servait son interlocutrice, replaçant du poignet une mèche de ses cheveux. Les mains encore terreuses de ses semis vinrent se caler sur ses hanches alors que son regard fut enfin attiré par ce nouvel arrivant. Oh il y en avait si souvent qu’Hécate n’y faisait plus guère attention. Steros était un campement de réfugiés après tout, les allers et venus étaient monnaie courante. Pourtant ce garçon en particulier, retint son attention. Peut-être parce que son physique étrange, à la fois immense et pourtant si fragile, sa démarche hésitante bien que bâti sur un corps robuste semblait à lui seul annoncer la catastrophe imminente. Peut-être sans doute lui évitait-il d’avoir à écouter une sornette de plus de la part de Martha. Son corps, imperceptiblement s’était tourné, suivant la trajectoire erratique du jeune homme brun avant que ses prunelles claires glissent en contrebas de la rue vers une ribambelle d’enfants.

« Hécate est-ce que tu m’écoutes ? »
« Oh non de D… » attrapant précipitamment le bas de sa robe pour ne pas freiner sa course, Hécate planta là la femme pour se précipiter vers sa brouette où les gamins sortis de nuls part s’improvisaient déjà un combat de rue, sa brouette en barricade. Chargée comme une mule, son contenu était aussi précieux à ses yeux que la foutue soupe de potiron de la cuisinière. Cultivatrice et herboriste, la jeune femme s’adonnait depuis quelques mois à la reproduction végétative d’une plante médicinale particulièrement rare et fragile. Elle les transportait justement jusqu’à sa serre quand Martha l’avait interrompu. Le souffle court, elle dévala la rue, empoigna les manches de sa brouette et la poussa brutalement en avant, emportée par son propre poids.

Le choc fut sans appel et la jeune femme sentit l’un des manches percuter brutalement le creux de son estomac, la faisant grimacer de douleur. La chute bruyante de la quasi totalité de son précieux chargement tinta à ses oreilles et elle pressa les paupières. Rouvrant les yeux, elle se redressa lentement en massant son abdomen, passant la tête par dessus le bord boisé de sa brouette.

« MERDE ! Merde merde merde ! » Ses plantations gisaient dans un carnage de terre et de pots brisés au milieu duquel l’inconnu se tenait, écrasant de chaque parcelle de son corps les restes encore en vie de sa plante, libérant ça les là, de légers nuages de fumée des spores.
«  Ecartez-vous de là ! » Attrapant vigoureusement la main du jeune homme elle le hissa à l’écart mais le sentit de nouveau dériver, piétinant les rares survivantes.

Folle de rage elle le repoussa avec encore moins de ménagement contre le mur d’une maison proche, le maintenant d’une poigne solide malgré sa petite taille au vu du gabarit de l’individu. Oubliant ce détail, elle vociféra de nouveau.

« C’est pas possible d’être aussi aveugle ! Vous le faites exprès ou quoi ?»


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 Sujet: Re: La tapisserie de Pénélope   Dim 10 Juin 2018 - 1:34

La tapisserie de Pénélope
Les muscles de son dos se réveillaient doucement. Ils grinçaient, pour dire : ça fait mal ! Mais il n’eut pas le temps d’y réfléchir beaucoup plus, car une main fine mais à la poigne ferme se referma sur ses doigts, et le tira assez fort pour le forcer à se redresser. Il fut sur ses pieds, d’un seul coup. Et la main n’était plus là. Thadée ne voyait rien, le soleil combiné à un coup sur la tête pendant la chute le rendait presque totalement aveugle pour l’instant, et tout ce qu’il savait donc de cette inconnue, c’était comment étaient ses mains. Et ça lui avait retourné l’estomac. Oui, ce simple geste l’avait vraiment chamboulé, car il avait eu la sincère impression de tenir la main de Joséfine. Il savait bien entendu que c’était impossible ; déjà elle n’avait pas du tout la même voix. Et puis aussi, sa femme était morte. Sa tête était presque tombée, il l’avait vu, et il avait lui-même mit le feu à son corps… A sa maison. Le souvenir lui noua la gorge. A ce moment-là, il coupait son corps en quatre parties : ses pieds mal assurés qui titubaient encore, son estomac embrouillé par le contact de la main de l’inconnue, sa gorge serrée qui ne voulait pas se souvenir du calvaire qu’il venait de vivre, et sa tête qui tournait, et tournait encore et ses yeux qui ne voyaient pas… Il tenta de se concentrer : les mains. Elles étaient plus abîmée. Il était tombé par-dessus quelque chose dont était tombés des pots et de la terre. Il l’avait sentie, la terre. Peut-être – surement – que cette femme travaillait dans un jardin, ou quelque chose du genre ? Et il venait de ruiner son travail, vu comme elle semblait en colère. Le souvenir de la jeune fille qu’il avait un jour croisé en forêt et dont il avait, de la même façon, détruit l’abri lui revint en mémoire. Décidément, il était doué pour tomber et casser les affaires des autres. Comme il ne savait pas vraiment comment réagir, et qu’il ne pouvait même pas l’aider à ramasser les débris – aveugle oblige – il balbutia :

« Je suis vraiment… »

Mais elle ne l’écoutait pas, et déjà l’inconnue le poussait avec une force dont lui-même ne se sentait pas capable contre ce qui, à la douleur de son dos s’écrasant violemment dessus, se révéla être un mur.

« Ecartez-vous de là ! » elle avait d’abord dit en le repoussant légèrement. Mais comme cela ne semblait pas lui suffire, elle continua en le poussant davantage : « C’est pas possible d’être aussi aveugle ! Vous le faites exprès ou quoi ? »

Thadée déglutit. Il regardait droit devant lui, mais tout ce qu’il voyait, c’était des genres de tâches de lumière et de vide. Il y avait bien trop de soleil ici, et il ne pouvait que prier de regarder dans la bonne direction. Et que répondre à ça ? En temps normal, il aurait fait plus attention. Oh bien entendu personne n’est à l’abris d’un accident, surtout pas lui, mais tout de même. C’était son premier jour à Steros, il aurait préféré ne pas se faire remarquer. Et puis son but était de trouver des gens assez généreux pour l’aider dans son sauvetage. Cette femme avait de la force. Elle aurait été une alliée de choix, s’il n’avait pas écrabouillé tout son travail…

« Euh… Oui. Enfin, non ! Je veux dire, oui pour aveugle… »

Il avait dit ça d’un ton penaud, regardant toujours devant lui. Mais ça devenait difficilement supportable, ses yeux le brûlaient vraiment. Et les gens lui avaient dit qu’ils avaient mis ses lunettes dans sa tente… Il fallait déjà qu’il la trouve, cette tente ! Il se demandait bien comment réagissait la femme à son annonce. Mais la pression de sa main se fit petit à petit moins forte. Tiens, il remarqua, cette main écrasée contre son torse lui donnait vraiment l’impression que Joséfine était juste là. Il déglutit, encore plus troublé.

« Je vous demande pardon, j’essaye de me repérer pour trouver une tente, mais sans voir… J’espère que ce n’était rien de trop important… »

Il était sincère, et en même temps il en doutait. S’il avait renversé deux salades, la réaction de la femme n’aurait pas été aussi forte. Il allait ajouter qu’il serait heureux de pouvoir l’aider à ramasser, mais baissant les yeux et se rappelant qu’il ne voyait pas plus au sol que devant lui, il se tût. Il aurait bien eu besoin de demander son chemin, aussi, mais c’était franchement abusé. Et puis il dirait ça comment ? J’ai cassé votre travail mais au fait, vous pouvez m’indiquer chez moi que je puisse me reposer ? Non, non vraiment ça n’allait pas. Mettant fin à ses réflexions, la voix reprit, un peu calmée. Du moins pour l’instant…
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 Sujet: Re: La tapisserie de Pénélope   Dim 17 Juin 2018 - 18:19

La tapisserie de Pénélope

avec @Thadée Czerkow

Des sueurs froides léchaient son échine, lui donnant des vertiges désagréables. Voir le fruit de son travail réduit à l’état de bouillis prémâché, voir tout ce temps parti en fumée, gâché, lui secouait les entrailles comme une mer déchainée. Mais ces plantes délicates n’étaient pas seulement précieuses, elles étaient également dangereuses et Hécate éructa plus qu’autre chose sur les passants qui s’approchaient d’eux pour aider.

« Que personne ne s’approche ! » Râla t-elle en lâchant un nouveau soupir, elle reporta son attention sur l’inconnu qui se confondait en balbutiement et qu’elle tenait toujours. Ses doigts se desserrèrent pourtant à mesure qu’il lui donnait ses explications et Hécate ne put lâcher qu’un.

« Oh. » en retirant définitivement ses mains du jeune homme. Hécate sentit le malaise arriver, calmant de ce fait et pour un temps la colère sourde qui grondait en elle. Ses mains ne s’étaient pas baissées pour autant, se tenant à une distance respectable du jeune aveugle, tendues, comme prête à le rattraper de nouveau s’il faisait un faux pas. Un regard à ces plantes qui partaient littéralement en fumée, embaumant l’air d’une odeur douçâtre et irritante, et elle tira deux tissus de sa poche en calant un avec moins de rudesse que sa précédente poigne sous le nez du jeune désorienté.

« Gardez ça sous votre nez, vous venez juste d’écraser un type de fougère à spores particulièrement toxique. » railla t-elle avec une teinte d’humour rêche mais où la colère était maitrisée. S’accroupissant tout en éloignant par de grands gestes les passants que de légères toux dissuadaient d’avancer plus de toute façon, Hécate noua le tissu autour du bas de son visage, libérant ses deux mains pour ramasser grossièrement les plantes encore saines. Les tiges intactes furent protégées dans un nouveau linge, il n’y en eu besoin que d’un d’ailleurs… Se redressant en s’appuyant sur ses genoux, Hécate attrapa un petit arrosoir dans un coin de la brouette et le renversa lentement sur les restes fumants, captant la poudre irritante au sol. Prise d’une quinte de toux, Hécate se redressa, mains sur les hanches, toisant la haute silhouette en face d’elle en arrachant le tissu devant sa bouche.

« Mais comment diable avez-vous pu survivre jusqu’ici ? » sa question était sincère. Il ne semblait la voir que part vagues de mouvement successifs, la suivant sans réellement la fixer et ses gestes étaient aussi maladroits que ceux d’un chiot à la naissance. A moins que cela ne soit récent. Partagée entre l’idée de s’être laissée emportée et le désastre de ses plantes qu’il lui fallait rattraper au plus vite elle coupa la poire en deux en se saisissant de sa brouette tout en s’adressant au jeune homme.

« Je vais vous envoyer quelqu’un pour … votre tente et…, la bosse sur votre front. Vous ne bougez pas de là d’accord ? »


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 Sujet: Re: La tapisserie de Pénélope   Jeu 21 Juin 2018 - 2:10

La tapisserie de Pénélope
Elle lui avait collé un tissu sur le nez, visiblement ce n’était pas des salades qu’il avait renversées, mais des plantes dangereuses. Thadée pressa le tissu contre sa peau pour éviter de respirer les spores, comme le lui demandait la femme. Il eut quand même l’impression que sa gorge le grattait un peu, mais rien de trop grave. Quand elle se baissa pour – en fait il n’en avait pas la moindre idée, tout était floue – il la suivit du regard, sans vraiment être certain de regarder au bon endroit. Des chuchotements et des bruits de la vie dans Steros lui parvenaient. Il y avait des gens autour. Tad n’aimait pas être le centre de l’attention. Mais il ne pouvait pas y faire grand-chose, n’est-ce pas ? Il faut s’y attendre, quand on disperse des spores toxiques le premier jour. Il retint un soupire en serrant les dents. La femme aux mains comme Josefine s’était relevée et, il supposait, le toisait désormais. Son impression se confirma quand sa voix, plus intriguée qu’en colère, lui demanda :

« Mais comment diable avez-vous pu survivre jusqu’ici ? »

La question était plus que légitime, et laissa Thadée songeur. Contrit, en fait. La question le blessait, non pas parce qu’il se sentait attaqué, mais parce qu’elle sonnait juste. Hal lui répétait à longueur de journées que son existence était un parfait mystère, et qu’il devait avoir beaucoup de chance pour être aussi maladroit et toujours en vie. Tout ce qui faisait de lui ce qu’il était, visiblement, était incompatible avec le monde dont Hal venait. Et ce monde, c’était là qu’il s’était exilé désormais. Il ne durerait pas longtemps en effet s’il s’effondrait dans des fougères mortelles à chaque pas. Avant Steros, il n’avait connu que le confort de la cabane. Manger à sa faim – ou presque, une vie paisible au rythme de la forêt. La route, il n’en avait pas de souvenirs. Seulement ses parents, Josefine, Alice et enfin Hal. Il plaignait son amant, souvent, d’être toujours aussi tiré, sur la défensive. Il ne comprenait pas pourquoi. Cette femme, elle venait de lui donner la réponse. Peut-être que pour elle non plus, la vie dans la cabane ne lui aurait pas semblé possible. Et pourtant… Si les filles n’avaient pas conduit Zaraël jusqu’à ce coin de paradis, il n’en serait peut-être jamais parti. Tad tenta de se décoller du mur, ce qui se transforma en saut dans le vide. L’impression profondément désagréable de vertige le poussa à se laisser retomber en arrière, contre la pierre.

La femme ne devait pas attendre de réponse, ou en avoir marre d’attendre, car elle se prépara à partir. Elle suggéra a Thadée de rester en place, disant qu’elle lui enverrait quelqu’un. Il acquiesça silencieusement. Après tout, il ne pouvait rien faire d’autre. S’accrocher à elle était absolument hors de question, et il avait suffisamment donné dans le repérage à l’aveugle pour une journée. Il croisa donc les bras sur son torse et se laissa glisser au sol pour patienter, écoutant le bruit d’une roue désaxée qui s’éloignait dans les rues de Steros.

« Merci… » souffla-t-il, mais la femme et sa brouette étaient déjà loin.


Il avait fini. La nuit était passée, il n’avait fait que ça. Mais c’était fini, et c’était parfait. Tad admira son œuvre d’un œil approbateur mais fatigué. Voilà, le plus facile était fait, maintenant il devait les lui apporter. Et lui demander pardon. C’était sincèrement ce qu’il redoutait le plus, parce qu’après le désastre des fougères, il avait renversé une autre fois sa brouette, détruit des plants d’un genre de salade en marchant dessus – pour sa défense ça ressemblait beaucoup à du gazon – et même manqué de mettre le feu à la serre un soir de vent où il trainait autour avec une torche. Hécate ne le portait étonnamment pas dans son cœur, c’était à prévoir. Ce qu’il savait d’elle, c’était en parlant avec les gens du camp qu’il l’avait appris. Son prénom, ce qu’elle faisait vraiment. Ce genre de choses basiques, mais qu’ils n’avaient pas pris le temps de se dire entre deux disputes. Enfin, entre deux Hécate en furie, pour être plus exact. Parce que Thadée ne répliquait pas vraiment, après tout il était en tort. Sauf la fois des salades, il avait défendu son point de vue comme il avait pu. Avant de capituler, elle était de toute manière sur son territoire. Et puis comme elle le lui avait appris à ce moment-là, il n’avait en fait pas vraiment le droit de se promener dans la serre. Aujourd’hui quand même, il ferait une exception.

Avec la catastrophique pluie de cendres qui avait ravagé son paradis, Hécate passait – encore plus qu’à l’habitude – tout son temps les mains dans la terre. Il était donc certain de la trouver dans la serre. Il avançait à travers les rues qui s’animaient avec le levé du jour, se demandant soudain pourquoi il avait laissé ses lunettes de soleil sur son bureau, et s’imaginait mille scénarii sur ce moment, quand il serait devant elle. Quand les clôtures se dessinèrent dans son champ de vision, son cœur se mit à battre plus fort. Et si en y allant, il causait un nouveau désastre ? Elle le tuerait, à n’en pas douter. Il devait faire attention à où il mettrait les pieds… Ou seulement rester à l’entrée, et la laisser venir à lui. Pour ne pas risquer d’écraser quoi que ce soit… Il n’avait pas fait deux pas dans ce paysage apocalyptique qu’une envolée de mèches sauvages et une voix énervée tentèrent, évidemment, de le chasser. L’endroit n’avait plus rien d’un jardin. Tad se demanda le temps d’une seconde si après avoir brûlée, la cabane gisait en cendres également. Sachant qu’il n’aurait pas de réponse à cette question, et puisqu’il n’était pas venu pour ça, il chassa ces images, et fit bravement un nouveau pas vers l’intérieur. Les yeux d’Hécate faisaient des aller-retours effrayés entre ses pieds et le sol.

« Je suis venu te voir. » il lança. La cultivatrice lui lança un regard curieux, mais comme elle ne semblait pas plus intéressée par ce qu’il avait à dire que par le faire rapidement déguerpir, il sortit le cadeau qu’il avait préparé d’une poche à l’intérieur de sa veste, et le lui tendit. « Je n’en ai pas pour longtemps, écoute seulement ce que j’ai à dire et je disparais. Promis. »

C’était un carré de tissu. Les gants étaient pliés dedans, comme il fallait pour ne pas qu’ils s’abiment. Sur le tissu, il avait brodé « E A T ». Il ne savait pas écrire Hécate, mais il entendait un E, un A et un T, et ça il savait l’écrire. Quelqu’un sachant lire se serait certainement demandé ce que le mot « manger » venait bien faire sur ce tissu, mais ce n’était pas le cas de Minette, il n’en faisait donc pas grand cas. Le tissu, c’était cette espèce de mouchoir qu’elle lui avait collé sur le nez pour le sauver des spores de fougères à leur première rencontre. Peut-être qu’elle le reconnaitrait ? Sur le gant de la main droite, il avait brodé une fougère qui s’étendait sur la main et les doigts, même à l’intérieur dans la paume. Sur le gauche, il avait seulement fait quelques points au niveau du poignet qui, si on les regardaient bien, avaient des airs de bourgeons. Il espérait qu’elle comprendrait ce que ses phrases maladroites essayaient d’expliquer : il était désolé, parce qu’il savait ce que c’était que perdre ce qui est pour soi le plus important. Pardon pour le premier jour. Pardon pour les autres fois.

« C’est pour toi… » souffla Tad, un peu gêné, alors qu’elle regardait le paquet comme la troisième patte d’un canard. Ou peut-être qu’il avait seulement l’impression qu’elle le regardait comme ça parce qu’il avait peur, et qu’elle tardait à le prendre. « Je sais que ça ne remplace pas un jardin, mais… » Il fit un petit geste pour désigner le sol en jachère. « Tu sais faire pousser la vie, je ne suis pas aussi talentueux. Mais au moins, celle-là, je ne pourrais pas l’écraser ! »

Sa touche d’humour était peut-être mal venue, mais elle sembla décider Hécate à prendre son cadeau. Il esquissa un sourire penaud, attendant le cœur lancé dans un marathon qu’elle découvre son travail.
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 Sujet: Re: La tapisserie de Pénélope   Dim 1 Juil 2018 - 18:27

La tapisserie de Pénélope

avec @Thadée Czerkow

Son regard dur se posa sur Thadée. Deux lames aux reflets d’un ciel ombrageux. Son visage trouble, ses yeux semblables à un vol de papillon, tout en lui rappelait à Hécate ses nombreuses maladresses passées. Il n’y avait pas un bout d’orteil à sauver en lui du déséquilibre qui semblait l’accompagner où qu’il aille. L’empotement faisait parti de ces traits qui agacent. Tout le monde. Même le porteur. Premièrement parce qu’il occasionnait des dégâts. Mais surtout parce qu’il n’était lié à aucune intention, et que ce hasard de la nature, cet inexpliqué, était pour tout être censé un caillou perpétuel dans la chaussure.

Venu la voir qu’il disait. C’était assez unique pour être souligné par un froncement de sourcil de la part de la cultivatrice. Ces derniers mois, ils s’étaient plutôt tombés dessus qu’autre chose et chacun s’évitaient donc du mieux qu’ils le pouvaient dès que cela leur était possible. Gardant le silence, ne sachant que répondre, Hécate observa le jeune homme poursuivre et sortir de sa poche intérieur un carré de tissu tout en continuant son monologue. Toujours intriguée, Hécate suivit du regard cette main tendue vers elle.

Après quelques secondes elle sembla reconnaître le mouchoir. Mais son expression tiraillée entre le souvenir du pourquoi du comment il était arrivé en possession de Thadée et les trois nouvelles lettres brodées dessus ne devait en rien aider le jeune couturier à décrypter les réactions d’Hécate.
Elle se rappelait particulièrement bien de ce bout de carré beige qu’elle avait tailladé dans une jupe ancienne… si ancienne qu’elle datait sans doute de sa vie d’avant. Peut-être même était-ce celle qui avait appartenu à sa mère adoptive. Hécate n’en avait pourtant pas fait cas lorsqu’elle l’avait découpée façon puzzle. Tout plutôt que revoir ça et là des bouts de son passé surgir. Et pourtant, en voulant disséminer sa peine, elle en avait fait des confettis volages que des mains s’amusaient à lui renvoyer par poignée. Les trois lettres suffirent cependant à faire taire les fantômes. Hécate ne savait ni lire. Ni écrire. Et pour la première fois devant Thadée, elle sentit le rose de la honte pigmenter ses joues et son cou. Elle ne comprenait pas. Et cette longueur d’avance qu’il avait sur elle fut sa première leçon.

La voix grave de Thadée la força à rencontrer ses yeux de nouveau, ou pour la première fois peut-être. Tout deux gênés, pour la première fois aussi. A l’équilibre.

« Pour … moi ? » souffla Hécate à son tour, incapable d’aligner plus que deux mots. Ses yeux accrochèrent de nouveau ce paquet qui tenait dans le creux d’une paume, suivant pour s’en convaincre les entrelacs délicats du fil. Comme un oisillon qu’on passe de main en main elle prit le tissu, glissant sans s’en rendre compte ses doigts sur les glyphes incompréhensibles à ses yeux. L’écriture lui avait toujours paru à la fois magnifique et terrifiant, comme un monde interdit qui la toisait de haut, un art élitiste que Thadée pouvait compter à ses cordes. Y avait-il écrit son nom ? Son identité se résumait-elle à ces neufs bâtons assemblés de la plus étrange des manières ?
Doucement elle ouvrit les pans du tissu et la finesse d’un travail d’orfèvre s’offrit à elle. Une paire de gants d’un cuir à la fois robuste et délicat se superposait à ses mains. Le vert d’une fougère piquait la main droite sur toute sa longueur quand le gauche s’ornait de boutons suspendus à l’éclosion. Elle savait que Thadée était couturier, mais leur opposition l’avait conduit à mal juger son travail au regard de l’homme. Deuxième leçon.
La délicatesse de l’ouvrage était telle qu’Hécate était certaine de n’avoir jamais rien vu d’aussi beau créé de la main de l’homme. Seul Eagon avait été jusque là capable de l’émerveiller de ses prouesses menuisières. A coup sûr son trône était à présent à double siège.

« Pour un homme qui sème le chaos à chaque rencontre … je ne m’attendais pas à celle là… C’est superbe. » murmura t-elle presque pour elle-même.

Sans oser toucher le présent de ses doigts couverts de terre elle releva avec lenteur son visage vers celui de Thadée, sans que son teint ne soit tout à fait redevenu clair.

« Tu es un homme plein de surprises Thadée Czerkow. » Ses traits se détendirent, s’emplirent d’une douceur dont elle avait été incapable de démontrer jusque là. Il lui avait fallu du courage pour venir jusqu’ici, sachant pertinemment quel accueil elle lui réserverait. Du courage pour faire le premier pas quand en réalité, Hécate avait également sa part de tord et d’emportement. Un courage parmi d’autres, qu’Hécate n’aurait pas eu. Troisième leçon. Sa main se posa avec gratitude sur l’avant bras de Thadée, l’enserrant doucement.

« Merci. Je comprends pourquoi tu l’as fait et cela compte beaucoup pour moi. Je suis désolée d’avoir été… si dur avec toi. » Après tout… personne avant ce jeune homme que tout lui opposait ne lui avait fait cadeau de quoi que ce soit. Sauf si les colliers de coquillages comptaient. C’est sans doute pour cela qu’elle tendit de nouveau les gants vers Thadée.

« Mais je ne peux pas l’accepter … c’est trop… regarde moi. » avec un léger sourire elle lui montra ses mains maculées de terre, égratignées par le travail et le froid.

« Ne préfères-tu pas garder ces gants pour une femme plus … délicate ? » Ce pas qu’il avait fait vers elle lui suffisait amplement et emplissait sa journée maussade d’un nouvel espoir.


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 Sujet: Re: La tapisserie de Pénélope   Mar 3 Juil 2018 - 23:18

La tapisserie de Pénélope
Ses doigts avaient glissé sur les lettres tout doucement, et Thadée avait reconnu le regard qu’elle avait posé dessus. Elle ne savait pas déchiffrer ça. Le jeune homme s’asséna une claque mentale, se demandant si elle n’allait pas le trouver prétentieux. Ce n’était pas du tout ce qu’il souhaitait, lui, il voulait juste rendre son présent exceptionnel. Mais écrire, et lire bien entendu, c’était un luxe que bien peu de monde pouvait se vanter de connaître ; et lui-même ne faisait que tricher à ce jeu. Il savait, un peu. Il connaissait son prénom : T – A – D – E. Thadée. Le M aussi, et le I, et le N. Pour minette. Le H et le L, pour Hal. T – A – D – E – M – I – N – H – L, c’était là toute l’étendue de sa connaissance. Ce n’était pas grand-chose, mais ce n’était pas rien. Si elle voulait, il se promit de lui apprendre à reconnaitre ces quelques lettres, et pourquoi pas, à les tracer.

Et puis enfin, la sentence. Elle avait perdu des couleurs en découvrant les gants, comme choquée. Il avait eu un peu peur, juste un peu, avant qu’elle ne le délivre : elle aimait. Son travail l’avait touchée, assez pour qu’elle ne le jette pas hors de sa serre sur-le-champ. Il se rendit compte qu’il s’était plus inquiété qu’il ne l’avait pensé quand il sentit les muscles de son dos se détendre un à un. Enfin, le pas était fait. A présent, il pourrait la croiser sans s’enfuir, sans baisser les yeux. Il pourrait lui sourire. Il pourrait lui parler. Le souvenir du choc de ses jambes contre une brouette sauvage le rembrunit : si seulement il pouvait ne pas être si maladroit… Car s’il demandait pardon aujourd’hui, rien ne garantissait qu’il ne provoque pas une catastrophe rien qu’en repartant chez lui ! Ses yeux glissèrent une seconde sur le sol autour de lui, et le terrain en friche le rassura légèrement. Même en tombant, il n’écraserait rien de trop important. N’est-ce pas ?

Puis Hécate le remercia, et affirma comprendre pourquoi il avait fait tout ça. Ça comptait, elle avait dit. Le cœur de Thadée apprenait à valser, et ses yeux se battaient pour savoir si des larmes devaient ou non être produites. Un mot en entrainant un autre, son soulagement s’envola alors qu’elle finit par lui retendre les gants. Pour une femme plus délicate, qu’elle disait ! Qui, à Steros, pouvait bien prétendre à ce rôle ? Aux yeux de la jeune femme, surement tout un tas de monde. Mais les mains couvertes de terre qu’elle lui tendait étaient les plus fines depuis Josefine. Il la regarda une seconde avec ses yeux ronds comme des soucoupes. Puis il esquissa un sourire. Reprenant plus ou moins le contrôle de lui-même, il récupéra les gants. Ses yeux s’accrochèrent sur le visage d’Hécate, guettant sa réaction. Elle eut un léger frémissement des lèvres, mais il était impossible à Tad de savoir ce que cela pouvait réellement vouloir dire. Il fourra les gants dans une poche, puis d’une autre sortie une vieille peau de chèvre plus lisse que le fil de l’eau. Sans lui demander la permission, il attrapa une main de la cultivatrice, et l’empêchant de s’échapper, il essuya grossièrement la terre de ses doigts. Son sourire flottait toujours sur ses lèvres, et un éclat malicieux avait allumé son regard, alors qu’il essuyait la terre de la seconde main, avec plus de facilité cette fois. Puis profitant du fait qu’Hécate semble un peu déboussolée, il récupéra les gants dans sa poche, la main droite un peu tremblante de la femme, et doucement, il s’évertua a lui enfiler le gant sur lequel s’étendait la fougère. Comme il s’y attendait, il lui allait parfaitement. Les mains de Josefine, il les connaissait par cœur, et celles-ci étaient semblables. Il observa la main gantée encore une seconde, puis il releva les yeux cherchant à capter le regard d’Hécate. Leurs mains l’une dans l’autre ressemblaient à une œuvre d’art.

« Ils ne sont pas pour une femme plus délicate. Ils sont pour toi. »

Puis Tad posa l’autre gant au creux de sa paume ouverte, et referma ses doigts dessus.

« Ils protègeront tes mains du froid et tes doigts de la terre. Ils sont assez souples pour que tu puisses faire ton jardin avec. Quand les broderies s’abimeront, tu n’auras qu’à me les apporter, je t’en ferais d’autres. »

Seulement après, il lâcha ses mains. Le regard qu’elle lui lançait était si profond, que Thadée se demanda sincèrement si elle essayait de lire dans ses pensées. Il croisa les bras sur son torse, pas forcément impatient de devoir sortir. Déjà le soleil à peine levé lui faisait plisser les yeux ici, alors dehors…

« Sur le mouchoir, j’ai vu que tu essayais de lire. J’ai voulu écrire ton prénom. »

Il haussa les épaules.

« Je ne suis pas certain que ce soit ça, bien sûr, mais je connais quelques lettres. Je t’apprendrais si tu veux. »

Il lui fit un nouveau sourire, plus franc. Et garda le silence, pour lui laisser enfin l’occasion de s’exprimer…
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 Sujet: Re: La tapisserie de Pénélope   Dim 29 Juil 2018 - 11:49

La tapisserie de Pénélope

avec @Thadée Czerkow

Des mois qu’ils se croisaient à présent avec une statistique préoccupante pour le chamboule tout, mais Hécate semblait découvrir Thadée pour la première fois. Lui laisser la chance d’être défini par autre chose que sa maladresse. Cette impression de redécouverte ne lui était que rarement arrivée. Principalement parce qu’Hécate avait d’ordinaire toujours su laisser sa chance à l’inconnu par son écoute attentive. Elle pouvait les compter sur les doigts de la main les fois où son obstination avait tenu tête à son grand cœur, Thadée et Amuk pour commencer, et pour ce dernier son opiniâtreté n’avait pas démordu. Mais Thadée avait fait les frais de ce coup d’œil négligeant voir agacé que l’on jette sur un paysage qui heurte le regard. Il avait été un miroitement désagréable, un flash obstiné à capter l’œil jusqu’à faire plisser les yeux. Mais à sa source, se trouvait un astre solaire.

Le soleil en question lui reprit des mains les gants avec un sourire assuré qu’elle ne lui avait jamais vu et Hécate sentit l’étoffe glisser entre ses doigts. Elle voulu rajouter un mot, sur la douceur du tissu, le grain de la broderie et un murmure faillit traverser ses lèvres. Mais elle se retint. Se rendant compte qu’elle ne cherchait par là qu’à retenir un peu plus ce présent refoulé et perdrait alors toute cohérence aux yeux du jeune homme. Avait-elle prit la bonne décision en refusant l’un des seuls présents qu’on n’lui ait jamais fait ? Un réflexe, plus qu’une pudeur, une incompréhension sur l’attitude à adopter en de telles occasions. Mais à voir filer les gants dans la poche de Thadée une légère ombre de regret traina dans ses yeux clairs. Elle tourna la tête, s’apercevant que quelques ouvriers s’étaient arrêtés pour observer cet étrange spectacle. Les rumeurs circulaient à la vitesse de la lumière à Steros et tout le monde connaissait l’animosité entre les deux trentenaires. Cet échange sans heurt leur paraissait incongru, à moins qu’il ne s’agisse là que d’un suspens, une bombe à retardement. D’un œil sévère, la jeune femme les ramena à leurs tâches agricoles et fut plus que surprise en sentant les doigts de Thadée se refermer sur sa main. Tournant à nouveau à la tête dans sa direction, elle voulut se dégager d’un geste rapide, mais la poigne du couturier la retint.

« Qu’est-ce que… » mais elle se tut, le regardant sans comprendre ôter la terre de ses mains, s’attardant sur les lignes, les reliefs, les ombres avec la méticulosité d’un orfèvre. Son audace la décontenançait. Ce sourire, cette assurance qu’il lui renvoyait en attrapa sa seconde main, rien de tout cela ne ressemblait au Thadée qu’elle connaissait jusqu’à présent, hésitant, maladroit. C’était même l’exact opposé et Hécate ne put s’empêcher de songer à quelques sortilèges de pleine lune ou d’obscures potions occultes. Or seule elle avait ce pouvoir sur les plantes à Steros, et elle pouvait affirmer sans honte qu’il n’existait aucun liquide ni aucune plante capable de changer le caractère d’un homme tout en restant sobre. Ses yeux le détaillèrent, soupçonneux et elle se prit même à renifler discrètement l’air ambiant, juste au cas où. Mais non, le couturier de Steros se tenait droit devant elle, plus intègre que jamais alors qu’elle sentit de nouveau le tissu glisser sur sa peau. Baissant les yeux, elle resta silencieuse, souhaitant cette fois laisser la bienséance au placard et admira de nouveau le délicat ouvrage qui était désormais sien.
C’était une chose d’admirer en temps que simple observateur, s’en était une autre de le faire en sachant que cela vous appartenait. Elle détacha ses doigts de ceux de Thadée, levant la main gantée à hauteur de ses yeux puis du soleil levant, laissant les rayons filtrer à travers le feuillage.
« C’est tellement beau merci… » murmura t-elle en acceptant le deuxième gant qu’il lui donnait. Elle ferma le poing, appréciant la fluidité avec laquelle le tissu enveloppait ses mouvements sans la gêner. Son regard clair sonda celui du jeune homme, lui renvoya son sourire. Curieuse à présent du talent insoupçonné qui se tenait devant elle, mille questions se bousculaient à la frontière de ses lèvres. Hécate fut cependant devancée par le jeune homme et de nouveau elle sentit un rouge honteux teindre ses pommettes. Elle n’avait jamais été très douée pour cacher ses sentiments mais son incapacité à lire, elle l’aurait bien descendue six pieds sous terre. La cultivatrice était consciente de sa place importante au sein du campement, comme Eagon pouvait en avoir une, ou Zorhan, Slown et Cae, tous occupaient des postes clés pour la survie du campement, tous savaient lire… sauf elle. Secouant doucement la tête, Hécate posa sa nouvelle main gantée sur l’avant bras du couturier.

« Merci mais non. Une cultivatrice n’a pas besoin de savoir lire… je ne peux pas perdre mon temps à apprendre quand mon potager est à l’article de la mort. Et puis tu as déjà fait beaucoup. » serrant son avant bras avec une poigne qu’elle espérait convaincante, la jeune blonde lui renvoya un sourire qui ne souffrirait aucune réplique. La vérité c’est que son ego était mal placé question lecture et écriture. Elle était prête à tout apprendre, tout comprendre, mais cet art délicat et érudit lui paraissait inatteignable. Le voyant plisser les yeux elle bondit sur l’occasion pour changer de sujet. Elle savait qu’il portait la journée, d’opaques bésicles dont elle comprenait à présent l’utilité.

« Tu ne portes pas tes verres aujourd’hui ? Je peux demander à quelqu’un d’aller te les chercher et… en attendant… je connais un endroit où tu ne souffriras pas de la lumière. » Glissant son bras par dessous le sien, elle l’enjoignit à le suivre, guidant ses pas vers le fond du potager, où se trouvait à la fois son chez soi, et une annexe qui malgré les dégâts, tenait encore debout.

« Où-as-tu appris à coudre comme ça ? » demanda t-elle alors qu’ils cheminaient le long des terres, Hécate prenant soi de placer Thadée côté extérieur à ses maigres plantations, on ne change pas du jour au lendemain. Ecoutant attentivement sa réponse, elle entrebâilla la porte de son établi pour laisser passer le jeune homme. Plongée dans une semi pénombre, l’atelier d’Hécate regorgeait d’odeurs incongrues, de plantes séchées au plafond, de bocaux et d’ustensiles qui donnaient au lieu une atmosphère singulière de sortilèges et d’enchantements. C’était un endroit fragile, et la jeune femme parut hésiter sur le seuil avant de souffler longuement. C’était à elle à présent, de lui montrer toute la confiance qu’elle souhaitait lui accorder et la patience dont elle serait capable dans le cas contraire.

« Je te présente mon antre de sorcière… si tu n’as pas trop peur évidemment. »


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 Sujet: Re: La tapisserie de Pénélope   Mar 21 Aoû 2018 - 17:29

La tapisserie de Pénélope
Thadée se souvenait assez bien des premières fois où il avait essayé « d’écrire ». Ça n’avait pas été concluant. D’ailleurs, il ne savait pas vraiment écrire, encore moins lire. Il donnait le change, voilà tout. Quand il se posait quelque part avec le livre, il prenait cet air profond qu’avait Hal quand il l’observait. Il passait ses yeux sur les lignes, comptait les lettres qu’il reconnaissait. Ces lettres, elles avaient été laborieuses à retenir. Alors quand Hécate refusa d’apprendre, soulignant l’état de son jardin mourant, Tad n’insista pas. Lire, ce n’était pas important. En tout cas, pas pour lui. C’était seulement un truc en plus, qui faisait mal à la tête, et qui grignotait le temps précieux qu’on aurait pu passer à travailler. Il souffla seulement : je comprends. Au même moment, un rayon mal venu de lumière vint lui taper tout droit dans les yeux. Cette gêne douloureuse qu’il avait pour habitude de sentir chaque fois que ça arrivait lui grimpa des yeux à la tête, et il dû faire un effort surhumain pour ne pas fermer les yeux et se mettre en petite boule par terre. Visiblement, Hécate le remarqua car elle s’empressa de lui proposer d’envoyer quelqu’un chercher ses « verres ». Thadée se demanda une seconde si elle ne connaissait pas le mot « lunettes », et quand elle ajouta qu’elle connaissait un endroit où il pouvait s’abriter, ses lèvres se détachèrent en un « o » silencieux. Il ne savait pas vraiment quoi en penser. Est-ce qu’elle lui proposait ça par gentillesse, constatant qu’il souffrait, ou est-ce que sa tentative de réconciliation fonctionnait mieux que prévu ? Son regard glissa un quart de seconde sur le jardin désolé, et il ne put s’empêcher de se demander où elle comptait l’emmener. Comme les arbres étaient morts, il n’y avait plus assez d’ombre pour le soulager. Mais avant qu’il n’ait le temps de se poser plus de questions, la cultivatrice glissa son bras sous le sien, et l’entraîna vers le fond du potager. Être si proche d’elle troublait Tad. Pas un trouble amoureux, loin de là, plutôt un genre de sentiment étrange, comme la découverte d’un monde nouveau. Il ne savait pas dire si c’était un sentiment agréable ou non, tout ce qu’il savait au fond, c’était qu’il était mal à l’aise. Et en y réfléchissant un peu plus, il arrivait à trouver une raison. Entre le fait qu’Hécate lui rappelle Joséfine, qu’il soit en train d’avancer au milieu de ses précieuses plantations, et la nuit sans sommeil qu’il venait de laisser couler… Il avait voulu faire avancer les choses, mais ne s’était pas demandé ce qu’il ferait, ensuite. Si elle était réceptive. Il pensait qu’elle l’aurait mis dehors bien plus tôt et… Mais il était resté, non, quand elle lui avait dit de partir ? Ses yeux se posèrent alors sur un bâtiment, un peu plus loin. La pièce manquante du puzzle sembla lui tomber entre les mains. Là-bas, il serait protégé du soleil. Est-ce que c’était… chez elle ? Son cœur se serra un peu. La cabane. Ça lui faisait penser à la cabane. Il avançait vers la cabane, avec Josefine ; cette idée ne semblait pas vouloir disparaître. Il se mit à faire grincer ses dents, juste un peu, mais il fut coupé par la voix d’Hécate.

« Où as-tu appris à coudre comme ça ? »

Ses yeux quittèrent les murs de l’abri abîmé pour venir se poser sur les traits sévères de la blonde. Elle ne le regardait pas, semblant plus préoccupée par vérifier où il posait les pieds. Cela lui tira un sourire. Et le rassura, un peu. Si elle guidait la marche, il pouvait avancer sans craindre d’à nouveau piétiner une précieuse fougère…

« Chez moi. » il répondit machinalement. Le regard interrogateur qui suivit lui indiqua qu’il devait en dire un peu plus. « Ma mère m’a appris. J’ai grandi… » il se coupa une seconde. Il ne savait pas il avait grandi. Le nom de l’endroit, il ne le connaissait pas, et de toute manière, Hécate ne connaissait surement pas. « … plus loin. Dans une forêt. On avait une cabane, avec mes parents. Ma mère avait tout un tas de babioles qu’elle traînait depuis des lustres… Je crois qu’elle les tenait de sa mère. Des aiguilles, du fil. Elle m’a mis des peaux dans les mains, je parlais à peine. »

Il haussa les épaules. Coudre était vite devenu un automatisme, comme respirer, ouvrir les yeux le matin, grincer des dents quand il était stressé… Il faillit ajouter qu’il lui apprendrait, si elle voulait, mais il se souvint de la réponse qu’elle lui avait donné concernant l’écriture, et il se ravisa. Bientôt, elle poussa de sa main gantée la porte en bois de la maisonnette. Sur le pas de la porte, il constata avec bonheur qu’il voyait à l’intérieur parfaitement. Il n’aurait donc surement pas mal aux yeux, là. Mais alors qu’il allait s’avancer, le bras de la jeune femme le retint. Elle regardait l’intérieur avec un air soucieux. Peut-être craignait-elle qu’il ne casse quelque chose ? Il eut un sourire tendre, amusé qu’elle le pense si maladroit. Il l’était, mais pas au point de tout casser dans une maison ! Enfin…

« Je te présente mon antre de sorcière… si tu n’as pas trop peur évidemment. »

Et elle le laissa entrer. C’était un atelier. Pas très grand, juste ce qu’il fallait. Plus que sa tente, en tout cas. Il y avait là tout un tas de plantes, d’herbes et autres branches qui pendaient, des choses qu’il n’avait jamais vues. Une odeur entêtante flottait dans la pièce, ce qui lui donna un petit peu le tournis, au début. Entre temps, la cultivatrice était entrée à son tour et se tenait devant la porte, observant les réactions de son invité.

« C’est joli chez toi. » il laissa tomber un peu hébété. Puis plus bas, il ajouta :
« ça me rappelle là où j’ai grandi. »

En fait, l’atelier d’Hécate n’avait pas grand-chose à voir avec la cabane. C’était surtout l’ambiance. Ce sentiment d’être protégé, et que le temps, ici, coulait plus lentement. Il se sentait bien. Il fit quelques pas vers une étagère et se surprit à étudier avec attention une petite fleur brillante enfermée sous une cloche de verre. Il était presque sûr qu’il en avait déjà vu des semblables, dans les bois autour de la cabane. Sans la regarder, il demanda à Hécate ce que c’était. Elle le rejoignit en quelques pas. Quand elle vit de quelle plante Thadée parlait, elle sembla étonnée, puis le dévisagea toujours avec ce regard pénétrant qui donnait à Tad l’impression qu’elle lisait dans sa tête. Est-ce que c’était une fleur rare ? Qu’y avait-il de si étonnant à ce qu’il connaisse cette plante ?
Codage par Libella sur Graphiorum

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Chat échaudé craint l'eau froide

DOWN AN UNKNOWN ROAD TO EMBRACE MY FATE THOUGH THAT ROAD MAY WANDER, IT WILL LEAD ME TO YOU AND A THOUSAND YEARS WOULD BE WORTH THE WAIT IT MIGHT TAKE A LIFETIME BUT SOMEHOW I'LL SEE IT THROUGH Hercules
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La tapisserie de Pénélope
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